Patiente habituelle, 40 ans, de retour du ski. Entorse de la cheville en déchaussant. Anti-inflammatoires, antalgiques, orthèse.
Et radio.
Et c'est là que ça coince.
Grosse image sur l'extrémité inférieure du tibia, occupant presque toute la largeur. Hypodense, bien limitée.
Aucun signe clinique, aucune douleur. Rien. Juste cette image.
La patiente est inquiète. Moi aussi. Je lui dit qu'à mon sens, il va falloir aller voir sur place de quoi il retourne. Rendez-vous pris. Arrêt de travail.
Je n'aime pas.
La première émane d'un patient pour un certificat concernant la pratique du bal-trap en compétition.
Cela fait plusieurs années que je lui rédige son certificat, pas de souci à ce niveau.
Mais il me signale un fait étrange : pour cette pratique, très encadrée, très sécurisée, on lui demande ce certificat.
Pour la pratique de la chasse, on ne lui demande rien. Il m'explique qu'il ne chasse qu'en battue, sur des campagnes visant à réduire les dégâts provoqués par les sangliers, et ce
depuis 4 ans maintenant. Aucune demande, rien.
Pays de la Logique et de la Raison Pure.
La deuxième provient d'un autre patient, qui a été licencié après inaptitude au poste de travail, suite à des lombalgies avec sciatalgies.
L'ANPE lui demande de déposer un dossier COTOREP, du fait de ce problème.
Je le lui ai déconseillé. On lui a mis 5 % comme taux, il n'a donc droit à rien. La seule demande entrainera l'acceptation quasi automatique. Mais que ce passera-t-il ? Rien; son dossier ira
rejoindre dans la file les milliers de dossiers précédents. Et il se retrouvera avec un boulet au pied dans sa recherche d'emploi.
Parce que la réalité, c'est que l'employeur lambda, quand il voit COTOREP, il ne va pas plus loin. J'ai vu ça des dizaines de fois au fil des ans.
Il vaut mieux qu'il ne signale rien, mais que si l'ANPE l'envoie sur un emploi qu'il ne pourrait remplir, il sorte alors ses certificats, et uniquement dans ce cas.
Et oui, là aussi on n'est pas chez les Bisounours ° !
Ainsi donc, l'assurance maladie veut contrôler beaucoup plus les arrêts maladie. Et entend pour se faire s'appuyer sur les contrôles privés opérés par des médecins mandatés par les
entreprises.
Plusieurs éléments semblent pour le moins surprenant dans ce projet.
Tout d'abord, il va falloir que les entreprises spécialisées dans ces contrôles trouvent alors plus de médecins contrôleurs. Or, si le contrôle est payé entre 50 et 60 euros, plus frais de
transport, ils doivent être faits entre 9h et 11h, ou entre 14h et 16h, heures légales de présence du patient au domicile. Fermer le cabinet pour faire un contrôle dans ces heures là, pas facile,
et sans doute pas très intéressant financièrement ...
Ensuite et surtout, les précédents financiers des contrôles prouvent la portée extrêmement limitée de la chose : en deux ans, l'assurance maladie se vante d'avoir obtenu une économie de ... 34
millions d'euros.
34 millions. Sur 5,2 milliards d'indemnités journalières.
Pendant ce temps là, on paye les génériques trois à quatre fois plus cher qu'ailleurs en Europe.
Pendant ce temps là, on prescrit et on bouffe pour 550 euros de médicaments par habitant et par an, là où d'autres en Europe ont le même niveau de santé en dépensant moitié moins en
pharmacie.
16 milliards d'économies potentielles sur ce seul poste pharmaceutique.
Et 2 points de PIB, 35 milliards potentiellement avec la filière de soins.
Pays de la Logique et de la Raison Pure.
Vendredi, consultation de mme M., 55 ans, patiente habituelle, pour "chiffres tensionnels trouvés trop élévés sur l'appareil d'une amie".
Cette patiente n'a aucune pathologie chronique, et je la vois donc assez peu, la dernière fois remonte à presque 8 mois.
Elle me dit donc qu'elle a constaté qu'elle avait d'après cet appareil entre 140/85 et 145/87, et cela l'inquiète un peu.
Je lui explique qu'avec de tels chiffres, elle ne court pas grand risque à court terme, et que nous allons commencer par vérifier.
Effectivement, après 5 puis 10 minutes de repos, on retrouve 143/85. On est vraiment à peine au dessus de ce qui est fixé comme la normale. Mais pour la patiente, c'est la maladie
de son père qui la guette, avec un accident vasculaire et une hémiplégie au bout, l'aphasie, le handicap, la dépendance, pas moins.
J'entends bien. Mais nous n'en sommes pas encore là, d'autant que lui fumait comme un pompier d'après les dires de la patiente, ce qui n'est pas son cas à elle.
On va donc faire un électrocardiogramme (RAS), et un petit bilan biologique standard.
Et on reverra tout ça tranquillement.
Je lui rappelle que c'est le premier motif de consultation en médecine générale, et qu'à son âge environ 45% des gens sont concernés par ce problème.
Et que la consommation de sel au cours des années est loin de n'y être pour rien. Elle admet qu'elle peut largement freiner sur les quantités ...
Bon. On va voir venir.
1°/ Forte progression de l'automédication en 2007, + 4,1 % en volume et + 4,4 % en valeur, pour un montant total de 1,9 milliard d'euros.
A noter qu'une boîte sur trois a en fait une vignette.
Et un truc rigolo : selon les sources dans la presse professionnelle, le top 5 des ventes n'est pas le même !
Doliprane°, Humex°, Nicorette°, Efferalgan°, Strepsil°, Nurofen°, Oscillococcinum° pour l'un; Nurofen°, Humex°, Donormyl°, Strepsil°, Fervex° pour un autre ....
2°/ Comment définir une crise grave d'asthme ?
Théoriquement, dyspnée de repos, tirage, agitation, difficulté à parler, fréquence cardiaque au dessus de 120, fréquence respiratoire au dessus de 30, débit de pointe à moins de 60 % de la valeur
prédite, notamment.
Le problème est que plusieurs études montrent que seuls 25 % environ des patients hospitalisés répondent à ces critères, notamment pour les chiffres de fréquences ....
On en revient donc à l'absence d'amélioration au traitement de la crise, avec persistance d'un débit de pointe en dessous des 45/50 % de la valeur attendue.
Une étude menée à Montpellier a montré que le principal facteur prédictif de risque, est d'avoir déjà été hospitalisé et intubé pour crise d'asthme.
Autrement dit, toute crise non rapidement résolutive chez un patient avec cet antécédent doit conduire à considérer la crise comme grave quasi d'emblée.
Notons que l'étude en question retrouvait un taux de mortalité à 10 ans de 25 %.
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