Je suis régulièrement questionné par des patients, de façon formelle, ils n'attendent pas en réalité mon avis, sur tel ou tel sujet totalement extra-médical.
Notamment sur des sujets abordés par les magazines que je pose en salle d'attente. Le problème étant que je les achète, mais que je ne les lis pas. En fait, le plus souvent, je ne sais même pas
de quoi on me parle. Heureusement, les patients monologuent plus qu'autre chose, comme ils parleraient de la pluie ou du beau temps. Volonté de meubler ? Moyen de calmer l'angoisse de la blouse
blanche (que je ne porte pas) ? Probablement.
Hier, cela m'a frappé plus que d'habitude, parce que j'ai eu à 4 reprises sensiblement la même question, savoir si miss France devait être démissionnée ou pas.
Question qui n'est pas dans mes priorités actuelles, j'ai d'autres soucis en tête, et même en période normale, ce n'est pas vraiment le genre de trucs qui me turlupinent.
Mais le fascinant de la chose, c'est la constatation toujours répétée qu'il n'est pas besoin de répondre. Je suis nécessaire en tant que personne physique, ces gens n'iraient (probablement) pas
parler à un meuble, mais seule cette présence est requise.
Fondamentalement, ce n'est pas différent de l'écoute compassionnelle, toutes ces fois où l'on me remercie d'avoir écouté, et où je n'ai pas saisi le moindre tenant ou aboutissant du problème. Que
ce soit moi n'est pas important je crois.
Ce qui de facto nous remet un peu en perspective : ce qui compte, c'est un médecin en qui on a confiance, et surtout l'image du médecin que ce fait le patient; cette image comme
médication.
J'ai beau le savoir depuis longtemps, c'est toujours assez stupéfiant de voir la chose à l'oeuvre. Même pour des bêtises comme ce machin de miss France.
Mercredi 26 décembre 2007
Lundi, consultation de mme V., en l'absence de son médecin traitant habituel. Elle n'habite d'ailleurs pas la ville, elle est chez sa fille pour Noël.
Banale, les petits maux de l'hiver, toux fièvre, mal de gorge.
En fin de consultation, elle me demande si je peux lui prescrire son somnifère, elle arrive en fin de boîte.
Bon, on va ajouter une ligne sur l'ordonnance. Je ne vais pas discuter du pourquoi et du comment, déjà c'est inutile pour mes patients, alors .... De quoi s'agit -il ?
Elle veut du zolpidem, et deux comprimés le soir. Je lui dit de suite que c'est impossible. Un oui, deux non.
Mais mon médecin me marque toujours deux, comme ça ça couvre deux mois.
Sans doute, mais je ne fonctionne pas ainsi. Et j'incite toujours les confrères à ne pas le faire quand on vient à en discuter: trop de risque vis à vis des caisses pour un truc
ridicule, trop facile pour elles de coincer le médecin sur ce prétexte.
Si vous n'êtes pas contente, écrivez à votre député, c'est lui qui vote les lois.
Elle ronchonne que sa fille lui a bien dit que je ne suis pas facile.
Madame, vous avez cent fois raison; moitié ardéchois, moitié franc-comtois, 100% tête de bois.
Mercredi 26 décembre 2007
Lundi donc, la plupart des cabinets de médecins étaient fermés. Et logiquement, la moitié des patients que j'ai eu à examiner n'étaient pas des patients habituels.
Parmi lesquels quelques enfants suivis d'habitude par des pédiatres. Et ceux-là, avec les gynécos, c'est un rien peu la cause de grands soupirs pour un généraliste. Des spécialités
qui devraient être hospitalières à 100%.
Sur les carnets, des mots illisibles, même pour un médecin, c'est dire. Pas de courbes de taille / poids / périmètre. Des ordonnances rédigées à la main pour celles classées dans les carnets
...... Quand c'est lisible, de l'inutile fluor à tous les étages.
Et la confirmation toujours obtenue que quand le loupiot est malade, il est vu par un généraliste (le soir, le samedi, un jour comme lundi ...), et que donc le pédiatre a une
activité (peser, mesurer, vacciner) qui devrait être effectuée par un infirmier ....
Par contre, aller donc obtenir un rendez-vous quand il y a vraiment un problème de type vision ou audition ....
Je vous jure, on a un système qui marche totalement sur la tête.
Mercredi 26 décembre 2007
Lundi, continuation sur la même lancée ou à peu près. Disons la moitié de l'activité d'un lundi normal.
Totalement logique en l'absence d'épidémie locale.
Et sur la route, on ne croise pas grand monde non plus, et les parkings sont blancs d'un givre immaculé (sauf ceux des hypermarchés, bien sûr ....)
Sur 64 millions d'habitants, environ 13 millions sont en âge et situation d'avoir des vacances scolaires, 2,5 sont même trop jeunes pour en avoir -), 26 millions ne travaillent habituellement pas,
pour diverses raisons, et sur les 22 millions qui travaillent en temps normal, combien ont posé des congés, hmmm ?
Ils ont bien raison d'en profiter, il y a assez de vigies sur le pont pour assurer. Et en plus, elles ne sont pas débordées !
Parti comme ça, aujourd'hui ça va être lecture (et pas du médical), classement (ben oui, faut le faire à un moment ou un autre, et à force d'attendre l'autre .....), navigation sur la vague du net
(voir si les confrères tiennent leurs écrits à jour !) et un tout petit peu de médical : il est 8h40, et pas encore eu un appel pour prendre rendez-vous, donc .....
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