Je ne suis pas polyglotte. Et ça pose problème dans l'exercice de la médecine générale.
Hier, mme K., 49 ans, d'origine cambodgienne est venue avec son fils de 15 ans comme traducteur. Elle parle assez bien français dans la vie courante, mais expliquer des symptômes, décrire une sensation, c'est autrement compliqué.
Et c'est toujours gênant de passer par un intermédiaire, surtout un enfant du patient. Je me limite dans mes questions, je ne sais si la traduction ne change pas trop mon interrogation, s'ils n'y a pas de contre-sens.
En outre, certains domaines posent carrément problème dans ce cas, surtout avec un adolescent du sexe opposé en traducteur. C'est un peu plus simple si le patient est avec un enfant du même sexe, et adulte. Encore que.
Les explications des prescriptions sont également parfois hardues, et on se demande si le patient a bien compris, si on a été assez précis et clair.
Bon, hier, c'était simplement un syndrome grippal. Pas trop de problèmes
Vue hier mlle P., 24 ans, qui a pris rendez-vous car elle est stressée. D'après ce qu'elle me raconte, elle a de quoi.
Deux jours auparavant, un nouveau voisin est venu tambouriné à sa porte en hurlant, en la menaçant. La police a mis plus d'une demie-heure à arriver. Il s'est avéré, d'après les dires des policiers, qu'il est connu pour cela, un psy aux antécédents bien établis.
Il a été relâché après quelques heures de garde à vue. Elle n'est pas en état de travailler, et elle ne veut pas rester chez elle, ni continuer à habiter là. Elle va aller se réfugier chez ses parents, elle est pour l'instant chez une amie.
Que faire d'autre qu'un arrêt maladie de deux semaines ?
Hier, comme avant-hier, grosse journée, 50% de consultants de plus que d'habitude, ouvert le cabinet à 8h comme d'habitude, fermé à 20h et des poussières.
Surtout des consultations pour pathologies de saison : rhino, bronchites, pharyngites, otites, ...
La crainte est toujours la même dans ce cas : fatigue aidant, laisser passer quelque chose, rater un symptôme.
Plus que tout, il faut alors se fier à ses propres impressions, simples, basiques : grave / pas grave.
En s'appuyant sur la connaissance que l'on peut avoir du patient : celui qui se plaint toujours, celui qui est hypochondriaque; au contraire celui qui minore, celui qui banalise.
Méfiance extrême avec les patients inconnus, pour qui on n'a pas de référence.
Et on n'est pas encore dans l'épidémie de grippe !!!
Vue hier mme H., 36 ans, qui vient pour le renouvellement de son traitement hormonal substitutif pour la thyroïde.
Elle en profite pour me parler de son problème de masque. Elle travaille en chambre stérile, ce qui veut dire combinaison, gants, coiffe .. et masque. Or récemment, pour faire des économies sans doute, l'entreprise est passé à des masques réutilisables, qui sont stérilisés et utilisés par rotation. Et nombreux sont ceux, dont elle, qui présentent une irritation du visage là où il y a contact, probablement appui et frottement.
Effectivement, cela ressemble à une rosacée très délimitée, pas vraiment eczémateuse. Elle me dit que ça gratte légèrement, mais que c'est surtout au niveau esthétique que c'est gênant. Cela se comprend !
A priori, il ne s'agit pas d'une allergie, mais d'une intolérance, sans doute aux résidus de désinfection.
Je fais donc un certificat demandant l'utilisation exclusive de masques en papier. Et je lui conseille de contacter le médecin du travail avec ses collègues, en demandant à son entreprise le retour au masque papier à usage unique.
Vue hier mme I., 41 ans, originaire de la Côte d'Ivoire, qui fait des allers-retours entre les deux pays. Je la connais depuis deux ans environ.
Elle était venue me voir pour une fatigue persistante, et un petit bilan avait retrouvé des enzymes hépatiques légèrement élévées. Je lui avait demandé si elle avait eu une hépatite, elle m'avait répondu que oui, hépatite B en 1986. Du coup, j'avais fait doser antigène Hbs et anticorps Hbc : positifs tous deux. Je demande alors une recherche d'ADN de virus.
Celui-ci me revient faiblement positif; Logiquement, avec les transaminases élevées cela signe une hépatite chronique avec cirrhose active.
Mais les transaminases auraient été normales auparavant, et là elles sont à peine doublées.
Je ne sais trop quoi en penser, et demande une consultation hospitalière spécialisée.
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