J'ai pu lire sur un forum un résumé d'une thèse très intéressante, qui s'est penchée sur les médecins généralistes remplaçants en
Bretagne : les profils, les activités, les projets.
Rappelons tout d'abord en toile de fond que l'âge moyen d'installation en France en médecine générale libérale est actuellement de 38 ans.
Que seuls 15 % des diplômés en médecine générale sont, 10 ans après leur soutenance de thèse, installés en libéral.
Et que pour 2008, on devrait avoir 4 000 départs de médecins généralistes libéraux, pour moins de 200 installations, sur l'ensemble de
la France.
61 % des remplaçants sont des femmes (ce qui correspond aux proportions en fac).
Leurs conditions de remplacement seraient dans l'ordre : secrétariat, nombre minimum garanti de consultations, informatique, consultations sur rendez-vous, cabinet de groupe.
42 % projettent "de façon certaine" de s'installer à l'issue des remplacements, les deux tiers en exercice libéral exclusif, à 96 % en groupe.
Mais voilà que la réalité s'impose : la thèse étudie aussi le devenir des remplaçants. Pour ceux ayant cessé ce mode de travail :
- 11 % sont sans activité
- 84 % sont devenus salariés
- 5 % se sont installés en libéral
Autrement dit, les projets et conditions d'installation sont globalement à ignorer : il y a loin de la coupe aux lèvres.
Voilà que la presse professionnelle se penche (enfin, pourrait-on dire) un peu sur le bouzin.
Dans notre groupe de têtes de bois, on ricane sur l'air de "6 ans qu'on vous le serine".
Six ans que certains CDO (conseil départemental de l'ordre) nous soutiennent oralement que mais non, il n'y a et n'y aura aucun
problème, mais que comme par hasard pas un n'accepte de le mettre noir sur blanc.
Six ans de refus de réponse du ministère, du CNO (le national de l'ordre), des groupes parlementaires, des députés contactés individuellement (dont le rapporteur de la mission sur l'égalité de
l'accès aux soins, et les 11 membres de la mission d'information sur l'offre de soin, au total 14 députés joints depuis le début de l'année, le seul à avoir répondu étant M. le député Gremetz,
pour nous dire qu'il posait une question écrite au ministère sur le sujet).
Six ans que nous disons que l'on demande au généraliste de travailler dans l'illégalité.
Et encore, le cas précis n'aborde la question que par la bande, pas frontalement.
On peut lire un article par exemple ici.
Pour répondre à Bowyerte.
D'abord, deux précisions importantes; a) le différentiel potentiel avec les Danois est de 2 points de PIB soit 35 milliards par an; b) il faut bien se souvenir qu'à la base, cet argent est pris
dans nos poches, via nos cotisations et nos impôts.
Une filière suppose plusieurs éléments à la base, qui répondent tous aux objections soulevées (et à quelques autres en prime) :
- fixation du numerus au concours (= nombre de reçus) fonction non des besoins des CHU en interne, mais des besoins du pays
- enseignement prioritaire de la médecine générale = 1° matière en nombre d'heures
- à la sortie, 70% de médecins généralistes pour 30% pour les autres spécialités
- honoraires des médecins généralistes au même niveau que ceux des autres spécialités
- horaires de travail définis et limités (les 48 h hospitalières)
- passage obligé par le médecin généraliste pour le patient, sauf urgence vitale
- fin de la liberté d'installation = admettre que le médecin n'habitera pas là où il travaille
- fin de la gabegie de prescription = encadrement sur des bases scientifiques
- recentrage des hôpitaux sur le soin
- fusion des caisses en une caisse unique universelle (on a 172 % du personnel belge par habitant, avec nos 530 caisses différentes)
Si l'on compare par rapport aux Danois, c'est 500 euros de dépenses de moins par an et par habitant
Moins 300 sur le médicament, moins 400 sur l'hospitalier, plus 165 sur la médecine générale et plus 35 sur les infirmiers (le premier recours).
En France 30 à 50 % des lits d'hôpitaux selon les lieux sont occupés, à 750 euros par jour, par des patients dépendants, qui seraient mieux pris en charge dans des établissements spécialisés, qui
malheureusement n'existent pas, pour 150 euros par jour.
Nous avons 25 % de lits hospitaliers de plus que les Danois par habitant. Et ils ont 50 % d'infirmières de plus par habitant.
Les "perdants" sont alors essentiellement les industriels du médicaments (19 des 35 milliards), les structures hospitalières, recentrées sur leur rôle de soins de 3° recours (10 milliards), et la
structure sécu (5 milliards).
In fine, plus de "trou" (total actuel : 15 milliards par an), et financement sans problème de la 5° branche (dépendance) dont on estime le coût à 5 milliards.
And the winner is : tout le monde et chacun. Mieux, pour moins cher -)))
Ainsi donc hier était la journée de lutte et de rassemblement contre les franchises médicales.
Rappelons que le montant peut atteindre 50 euros sur les consultations + 50 euros sur les médicaments, soit 100 euros par an, auxquels il faut ajouter le forfait hospitalier de 16 euros par jour
d'hospitalisation, et celui de 18 euros pour les actes à plus de 91 euros.
La cause est juste, mais la méthode fait à mon sens fausse route.
La dénonciation est frontale, basée sur des arguments moraux, de défense de la solidarité.
Or en face, les instigateurs de cette aberration mettent très habilement en avant deux arguments qui ne peuvent que marquer le plus grand nombre.
D'une part que cela reste minime ("pensez, pas 10 euros par mois !") alors que l'objectif serait majeur (sauver la sécu); d'autre part, que 14 % des assurés entraînent 60 % des dépenses, sur le
mode du "c'est toujours les mêmes qui profitent, ils peuvent faire un petit effort", mettant bien sûr de côté que l'on ne choisit pas d'être malade, et encore moins gravement.
Pour ma part, j'axerais le refus du principe même des franchises sur une chose simple : le mensonge d'état qui s'exprime dans cette affaire. Le mensonge que constitue la présentation du
"il faut bien faire quelque chose et il n'y a pas d'autre solution".
Parce que des solutions il y en a, et de tous côtés : recettes comme dépenses.
Du côté des recettes, Cl. Frémont, ancien directeur de la CPAM de Nantes, pointe dans un courrier au Quotidien du médecin du 1° octobre 2007, une amputation de 35 milliards par an pour l'ensemble
des branches, en listant les problèmes : stock-options, exonérations pour l'emploi non-compensées, indemnités de licenciements exonérées, patrimoine, taux des fonctionnaires d'état et des
collectivités territoriales minorés.
Du côté des dépenses, un système de filière pourrait amener à 35 milliards d'économies, et ce sur la seule branche maladie.
Le fameux trou, toutes caisses tous régimes est d'environ 15 milliards par an.
35 + 35 = 70 milliards par an de potentiel.
Mon slogan serait primaire :
citoyens, assurés, patients, on vous ment, on vous vole !
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