Il y a parfois des trucs bizarres dans un cabinet de médecine générale.
Hier, je ne sais si c'était le temps, les planètes ou une épidémie locale, mais j'ai eu en série des patients ... inhabituels.
Tout d'abord des loupiots qui mettent le souk dans la salle d'attente, alors que je suis en consultation. Je finis par passer la tête et mettre les choses au point, au grand soulagement des deux
autres patients; la mère "écoutez le docteur !"; au moins, ils se sont tenus tranquille après.
Plus tard dans la matinée, un autre gamin, 4 ans, qui, pendant que j'examine sa mère, monte sur les fauteuils (heureusement ils sont lourds, choisis pour ça, et ne peuvent
basculer), je le fais descendre, et je le vois cinq minutes plus tard debout sur mon bureau. Il y a eu deux minutes un peu chaudes. Il m'a regardé d'un oeil sombre tout le reste du temps !
Une patiente en début d'après-midi qui me demande ce que je pense de la fécondation en fonction du cycle lunaire, et de l'impact sur le sexe du futur enfant. Ce que j'en pense c'est que le besoin
de l'être humain de croire est incommensurable.
Et un peu plus tard un autre patient, qui me fait tout un topo sur les mérites comparés de l'auriculothérapie, de l'iridologie et du
"passage de mains".
Dans ces cas là, je ne cherche pas à discuter, je me bascule sur la position "abonné absent".
Je crois qu'on estime que 25% des gens voient un tenant d'uns de ces méthodes dans l'année. Sans compter les voyantes, ni les ventes d'horoscopes.
Je ne conteste jamais les mérites de ceci ou cela. D'abord, ce serait inutile. Ensuite, par définition, cela répond à un besoin. Enfin, il faut bien voir que certains de nos produits et / ou
façons de faire relèvent exactement du même principe.
Le délicat est toujours de savoir où commence l'arnaque -)
..... pour vivre plus (vieux) ?
D'après une étude grecque, il y a un lien significatif entre âge de départ en retraite et espérance de vie.
L'étude est tirée du suivi européen EPIC, portant sur 16 830 personnes, hommes et femmes, pendant 5 ans, avec des actifs comme des retraités, aucun des sujets ne présentant à l'entrée dans
l'étude de cancer ou de pathologie cardiovasculaire.
En isolant mortalité globale, mortalité cardiovasculaire, mortalité par cancer, en fonction du statut professionnel et compte tenu de l'âge de la retraite, les chercheurs en concluent que les
retraités ont par rapport à des actifs du même âge une augmentation de mortalité globale de 51 %.
Parmi les retraités, il ressort qu'une augmentation de 5 ans de l'âge de la retraite est associé à une diminution de 10 % de la mortalité, le différentiel le plus important étant constaté pour la
mortalité cardiovasculaire.
Sans aller chercher bien loin, on peut se poser la question de la sélection à l'entrée. Parce que l'on sait que, en moyenne, un
ouvrier commence à travailler plus tôt qu'un cadre, a un travail plus usant, a une hygiène de vie moins bonne, rempli les conditions de départ en retraite avant le cadre, et a au final une
espérance de vie moindre.
Cette étude ne ferait alors que confirmer cet état de fait déjà largement démontré, mais en faisant d'une corrélation réelle (âge du
départ en retraite / espérance de vie) non plus un ensemble découlant de faits antérieurs, mais une chaîne logique.
Bref, la question serait de savoir si c'est le fait de partir en retraite plus vieux qui ferait vivre plus longtemps,
ou si c'est le fait d'être d'une catégorie socio-professionnelle plus élevée que la moyenne qui ferait de façon parallèle partir en retraite plus vieux et vivre plus vieux, les
deux étant une conséquence du premier item, sans lien direct entre eux.
Et comme je n'ai pas lu que l'étude avait été menée par catégories socio-professionnelles, j'ai comme un gros doute ....
Consultation mercredi de mme L., 46 ans, patiente habituelle, sans antécédents notables en dehors du problème pour lequel elle revient
une fois de plus.
Elle a en effet des cystites à répétition, liées en grande partie à son activité et ses conditions de travail, avec un bilan, fait et refait, sans particularité.
Nouvel épisode en fin de semaine passée, avec prise d'un fond de boîte d'antibiotique courant qui restait (amoxicilline en
l'espèce).
Sauf que non seulement cela n'a en rien amélioré le problème urinaire, mais qu'elle a eu alors un épisode de diarrhée (conséquence ? pas certain du tout), et l'installation d'une importante
mycose.
On n'a pas vraiment le choix, traitement à l'aveugle, sans connaissance du coupable.
La patiente insiste pour avoir une analyse urinaire, elle se voit déjà avec une pyélonéphrite (il n'y a pas de fièvre ...). Je lui explique, et ré-explique que cela ne servira à rien. Même
peu actif, l'antibiotique pris a été suffisant pour décapiter l'infection sans l'éradiquer, et on n'obteiendra aucune donnée fiable.
Ou alors pour espérer un résultat interprétable, il nous faudrait attendre sans traitement quelques jours, et ne démarrer l'antibiotique qu'après l'analyse.
Sans surprise, la patiente préfère ne pas attendre -)
Ovule et émulsion anti-mycosique, cinq jours d'antibiotiques.
1°/ Ainsi, le Canard démontre les façons de penser et de faire de l'industriel du médicament Sanofi-Aventis qui s'inquiète de la
stagnation des ventes de l'Acomplia°.
Il s'agit de faire taire les journalistes qui mettent en avant son peu d'efficacité et l'importance de ses effets secondaires, en faisant pression via les budgets de pub.
Egalement envisagés, le retour aux "voyages d'études" tous frais payés, la pression indirecte via les associations de patients (dont le financement est bien souvent un cas d'école du conflit
d'intérêt)
Voir d'autres données ici.
2°/ Nouvelle mission parlementaire sur le médicament, qui rappelle que nous sommes les plus forts consommateurs d'Europe.
Sans rire, la mission préconise une meilleure sélectivité dans l'admission au remboursement des médicaments, et le "recours au critère
de santé publique".
Comment mieux dire qu'à l'heure actuelle, ce n'est pas la qualité, la pertinence médicale, l'utilité du produit qui comptent ?
Comment mieux dire que les innovations innovantes sont remboursées, et prescrites larga manu, sans avoir démontré leur supériorité sur les produits de référence, plus anciens, qui ont l'immense
tort pour les industriels d'être génériqués, et donc bien moins chers ?
Pays de la Logique et de la Raison Pure.
Le système français est dans le collimateur européen depuis un moment, et les choses évoluent.
Ainsi, le capital des laboratoires d'analyses devrait sous peu être ouvert à des non-professionnels, actuellement pharmacien ou biologiste.
Actuellement, il y a en France environ 4 000 laboratoires privés, qui font un chiffre d'affaire annuel d'approximativement 4,2 milliards. Ce qui représente la moitié du secteur au niveau européen
.... Inutile de dire que le gâteau attire de nombreuses convoitises.
En Allemagne, 200 entreprises couvrent l'ensemble des besoins, pour un coût bien moindre.
L'onverture des capitaux devrait conduire à des regroupements massifs et rapides, d'après les analystes financiers.
Le problème est exactement le même pour les pharmacies : Bruxelles veut imposer l'ouverture des capitaux, et la France, qui refuse, se retrouve en Cour Européenne de justice, avec à ses côtés
cette fois-ci l'Allemagne.
Bien évidemment, industriels et surtout grossistes sont pour, les pharmaciens contre. Du coup, les histoires de pub et de contre-pub paraissent bien anodines, et en dehors du champ du réel
-)
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