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Lundi 18 février 2008

En l'espèce, dépistage mal parti.

Un peu partout en France, se montent des réseaux de dépistage du cancer colo-rectal. Et un peu partout, ça hurle chez les médecins généralistes.

Le schéma est à peu près le même partout : on demande au généraliste, de façon péremptoire, de s'inscrire à une soirée d'information/formation, sous la menace de voir arriver des patients demandeurs sans pouvoir leur répondre, de collecter les données, de faire la paperasse, énormément de paperasse, de jouer les rabatteurs pour le réseau, et bien sûr gratis ou presque.

La rémunération de ce qui devrait être un acte de prévention, va de 0 à 2,85 euros selon les départements, pendant que tout le reste du réseau se gave littéralement.

En plus, dans la plupart des cas, le médecin généraliste n'a aucun retour, aucun moyen de savoir si le patient a ou n'a pas envoyé son test, n'a pas le résultat.

Autant dire qu'au niveau médico-légal, c'est assez limite.

J'ai pour ma part demandé des renseignements minimaux à l'association qui doit s'occuper de ce ... dépistage, ce il y a deux mois, et attends toujours la réponse. Il est hors de question que j'aille perdre une soirée à l'aveuglette : la médecine, ce n'est pas un tournoi de poker, on ne paye pas pour voir.

Je constate que je ne suis pas le seul sur mon département à ne pas apprécier d'être pris pour un con de façon immodérée : d'après le dernier courrier reçu, et alors que le bouzin est supposé démarrer en mars, seuls 13% des médecins généralistes du département sont allés à l'une de ces soirées. Le flop s'annonce monumental.

Pays de la Logique et de la Raison Pure.

par le toubib publié dans : exercice quotidien
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Samedi 16 février 2008

Il y a des fois, les éléments données par le patient lors de l'appel pour rendez-vous sont un peu inquiétants.

Hier, deux cas.

Une patiente habituelle, 24 ans, qui me dit avoir depuis le matin une douleur du mollet, elle peut à peine toucher, c'est dur et gonflé. Au téléphone, je n'ai pas le temps d'approfondir, il y a un patient qui attend à côté. Bien entendu, la première chose qui vient à l'esprit, surtout avec une pilule en arrière plan, c'est la phlébite. Et en attendant que le patient présent se rhabille, je suis en train de me demander comment prévoir un doppler veineux au cas où, qui a le plus de chance de pouvoir me faire ça un vendredi soir.

In fine, ce sera totalement inutile. La patiente a fait du sport la veille, le muscle est douloureux mais le ballant est conservé, pas de chaleur locale, l'oedème n'est pas évident. On retient l'hypothèse musculaire.

Autre cas, une patiente qui m'appelle pour sa loupiote de 6 ans, qui est encore à l'école, mais qui ne va pas bien. Elle a mal à la tête, la veille au soir elle a vomi, elle s'est plainte de la trop vive luminosité dans sa chambre, des bruits, et elle avait un peu de fièvre le matin en partant à l'école. La mère récupère la gamine, et me l'amène pour la fin de matinée.

On pense bien sûr illico à l'hypothèse méningite.

En fait quand je la vois, la loupiote est en pleine forme, n'a plus de photophobie, pas de fièvre, et à l'examen, on ne trouve ni nuque suspecte, ni douleur à la mobilisation des jambes, et à peine une petite pharyngite en tout et pour tout.

Traitement symptomatique, conseils de surveillance, et voir la suite.

par le toubib publié dans : exercice quotidien
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Samedi 16 février 2008

Patient dont je suis le médecin traitant, mais en réalité fort peu connu, car il consulte très rarement. Il est revenu avec ses radios de la colonne lombaire, la confirmation de l'aggravation en L5-S1 (le disque est pratiquement porté disparu).

Et le voilà qui me demande "dites, je ne vous en avais jamais parlé, mais qu'est ce que vous pensez de ça ?" 

Très nombreuses pustules sur le haut de la nuque, sur le cuir chevelu, avec arrêt net à la lisière des cheveux. Dermite séborrhéique.

Il me dit que ça passe et que ça revient, que les différents traitements prescrits par plusieurs dermatologues restent inefficaces. Pour lui, c'est très nettement lié à son niveau de fatigue et de stress.

Il me sort une liasse d'ordonnances pour me montrer les produits testés. Tout en signalant que beaucoup d'entre eux ne sont pas remboursés ...

Bizarrement, je ne retrouve pas le kétoconazole en sachet, le plus classique de tous pourtant. Comme je lui pose la question, il croit se souvenir que celà lui avait été prescrit il y a des années par un patron hospitalier. Que cela avait bien marché, mais que c'était revenu dès l'arrêt.

Je lui demande alors si on ne lui a pas dit que ce genre de chose on ne le guérit jamais vraiment. Si, mais il en a marre de traiter tous les jours, et en plus d'être pris pour une vache à lait au niveau financier.

Je lui propose de repartir avec le kétoconazole, deux fois par semaine en shampoing pendant un mois, puis une fois par semaine. 

Pour les lombaires, ceinture, paracétamol, kiné.

par le toubib publié dans : exercice quotidien
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Samedi 16 février 2008

Dans les discussions avec les confrères, je défends également d'autres idées iconoclastes.

1°/ limitation du numerus : il est à 7 300 pour 2008, et notre tiers de temps de ministre veut parait-il le remonter à 8 000. Erreur.

D'abord parce que toutes les facs disent qu'elles sont au taquet, et qu'il leur sera impossible de suivre.

Ensuite parce que, faute d'avoir déterminer les besoins globaux de la population, c'est fait au pifomètre.

Enfin, parce que faute de réflexion là aussi, si à l'arrivée on reste dans 70% de spécialistes d'organes pour 30% de médecins généralistes vrais, on n'améliorera guère la situation.

Il serait plus que temps de déterminer les besoins (combien de MG ? combien de cardios ? de pédiatres ? de dermatos ?), chose qui n'a jamais été faite. Le nombre de places par spécialités se joue à la louche sur les besoins immédiats des CHU (les hôpitaux universitaires) en internes ....

2°/ fin de la liberté d'installation, dans un système de filière.

La clause est importante, sinon on continuerait dans le n'importe quoi.

On pourrait tout à fait s'appuyer sur la chute démographique actuelle : pendant 15 ans au moins, il ne servira à rien de vouloir interdire, les arrivants auront largement le choix.

Mais on peut tout à fait, sur un schéma de filiaire organisée, prévenir les actuels lycéens avant leur inscription en 1° année, que le système fonctionne sur un maillage territorial déterminé.

3°/ suppression du secteur 2.

Exactement de la même façon, on devrait annoncer la suppression du secteur 2, totale et définitive, aux arrivants en 1° année.

La plus grande clameur viendrait alors des mutuelles santé, qui ne vivent que de l'existence de ce secteur 2 ......

par le toubib publié dans : point de vue
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Vendredi 15 février 2008

Les cimetières en sont pleins.

Hier, retour de mme F., 47 ans, patiente habituelle, asthmatique. Une forte personnalité, comme on dit.

Déjà, à l'automne, comme toutes les années, elle a refusé le vaccin anti-grippal. Elle suit correctement son traitement par ailleurs, et on a des débits de pointe tout à fait bons en temps normal.

Samedi dernier, je l'ai vue, de retour d'une semaine en déplacement à Bruxelles, avec un syndrome grippal ressemblant plus à de la vraie qu'à la fausse, à vue de nez de généraliste.

Bien sûr, elle a soutenue que mais non, mais oui, c'était la fausse, et que de toute façon elle ne pouvait manquer son travail. On aurait eu le même virus qu'il y a trois ans, la question était réglée, les patients touchés ne se levaient qu'en s'appuyant contre les murs ... Mais cette année, il est tout gentillet et peu virulent.

Donc, elle a repris son travail le lundi. 

Et hier, elle revient. J'avais déjà noté que c'était sa secrétaire et non elle qui avait pris le rendez-vous le matin : pas bon signe ça.

Elle arrive, elle souffle comme une forge, et est presque aussi rouge. A l'auscultation des poumons, on est entre le combat de chats et une tempête en direct des Kerguelen.

Elle a gagné une engueulade, des corticoïdes, dix jours d'antibiotiques, et l'ordre formel de rester chez elle et au repos une semaine. Les deux conjointement, sinon je la connais, elle va déménager la moitié de ses dossiers à domicile et continuer à travailler.

par le toubib publié dans : exercice quotidien
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