Montée au filet des habituels stipendiés de l'industrie pour défendre le chiffre d'affaire et les bénéfices provenant des
hypocholestérolémiants, si possible des statines non-génériquées, lors du MEDEC (l'équivalent médical du salon de l'agriculture, en moins sympa, ça ne peut pas intéresser les loupiots).
Ainsi donc, un cardiologue avait mis les pieds dans le plat en sortant un bouquin qui plaide pour l'innocence du cholestérol.
Déclenchement du plan ORSEC par les industriels : il faut allumer les contre-feux, démontrer que le confrère est un dangereux
charlatan illuminé, noyer le poisson, brandir les études aux conclusions inutiles, sortir les publi-reportages sur papier glacé.
Comme les stipendiés savent pertinemment qu'ils ne peuvent parler mortalité totale et espérance de vie, sous peine de se faire tacler sévèrement au niveau scientifique, tels le jésuite bien
formé, ils procèdent par mensonge par omission.
On ne va parler que de cardio-vasculaire pour le LDL/HDL (les soi-disants mauvais et bon cholestérol), en précisant une fois "mortalité cardio-vasculaire", puis en ne parlant plus que de
"mortalité". Flou artistique que l'on espère salvateur.
On évite ainsi le léger détail qui gêne : les démonstrations sont irréfutables. Pas de corrélation avec la mortalité totale. Zéro efficacité en primaire; zéro efficacité dans les soi-disants
multiples facteurs de risques; molécules génériquées qui restent les références.
Rappelons que ce sont ces stipendiés qui seront bien souvent les références pour les recommandations de "cons-en-sus".
Si les publications médicales qui se veulent les références scientifiques n'acceptaient de publier que les études parlant de morbi-mortalité totales, ça nous changerait la vie.
Bon, d'un autre côté, elles ne pourraient sortir au mieux un numéro que tous les 3 ou 4 ans -)
Il se trouve qu'en chimie de fabrication des médicaments, très souvent, un industriel peut, pour redéposer un brevet sur une molécule
qui tombe dans le domaine public, et est donc génériquable, bidouiller son produit, ajouter ou enlever un bout, ou bien en faire un en miroir, comme un escalier en colimaçon qui partirait soit à
droite, soit à gauche.
C'est alors bien le diable s'il n'arrive pas à mettre en avant sa "nouveauté" à coups de cadeaux, d'invitations, de publi-reportages et d'études bidonnées faites par les stipendiés
habituels.
Exemples nombreux et facilement mis en évidence ces temps : les anti-histaminiques (= anti-allergiques).
On avait la Clarityne°, génériquée, loratadine. L'industriel nous fait une desloratadine.
On avait le Zyrtec°, génériqué, cetirizine. L'industriel nous fait la lévocétirizine.
Progrès, zéro.
Mais par contre, ça sort à tour de bras des services de pneumo-allergologies, avec les pollens qui sont de retour.
Comme je n'aime pas être pris pour un imbécile trop longtemps, et que le niveau de dividende de l'actionnaire moyen ne m'intéresse pas, je modifie systématiquement, et reviens aux bonnes vieilles
molécules.
Avec explications de texte pour le patient. Nombreuses explications, ces temps -)
Nouvelle consultation de mme D., 35 ans, patiente connue mais dont je ne suis pas le médecin traitant (je crois qu'elle n'en a
pas).
Ellle était venue il y a six semaines environ pour des douleurs abdominales droites, et radio et échographie avaient mis en évidence l'existence de cailloux dans la vésicule.
Opération faite par coelioscopie il y a presque un mois.
Patiente revue il y a deux semaines, car la cicatrisation des points de coelioscopie tardait un peu, avec des infections locales. Traitement à ce moment là par povidone iodée en gel.
Elle me rappelle car elle présente depuis quelques jours des douleurs abdominales droites, hautes, de plus en plus fortes au fil des
jours, gagnant en intensivité dans la journée, rythmées par les repas.
A l'examen, l'abdomen est tendu, difficilement palpable, mais pas hyperalgique. Pas de fièvre, pas de signes urinaires, constipation mais pas d'arrêt, pas de nausées. Les points sont fermés et
propres.
On va faire une radio, une échographie, et il va falloir probablement recontacter le chirurgien.
Non, ça ne repousse pas, et on ne peut refaire un caillou.
Je pense plutôt à une adhérence, une attache crée par l'inflammation due à l'opération, qui colle des organes entre eux.
A suivre.
Consultation hier de mme P., 71 ans, patiente habituelle, sans antécédent particulier sauf une arthrose de la colonne, sans traitement
chronique.
Elle se plaint de sa hanche gauche, elle a mal, elle boîte, elle a besoin d'être opérée, il doit lui falloir une prothèse.
Il faut dire, et là tout s'explique, que son mari, 73 ans, vient d'avoir une totale de la hanche, tiens à gauche aussi d'ailleurs. Et que cela a été miraculeux sur le plan fonctionnel, comme
presque toujours !
Elle entre donc en boîtant et en grimaçant.
Mais à l'examen, la douleur est très externe, sur le grand trochanter. La mobilisation active déclenche la douleur, la mobilisation
passive se fait sans problème. Cela ressemble plutôt à de la tendinite.
On va quand même faire une radio, et oui, on jette un coup d'oeil à la colonne lombaire qui n'a pas été vérifiée depuis deux ans.
Je lui rappelle quand même en souriant que de toute façon pour la colonne on ne prothèse pas !
Elle revient un peu plus tard avec les radios : les hanches sont parfaites, mais on a des calcifications là où il n'en faudrait pas
vers ce grand trochanter ....
Anti-inflammatoire, protection de l'estomac, on verra pour de la kiné.
Vous avez déjà vu le film "les 12 travaux d'Astérix" ? Et bien une fois encore j'ai réussi à sortir sain et sauf de la
maison-qui-rend-fou -)
Pensum fini pour cette année. Ne me reste plus qu'à adresser le tout à mon AGA qui, nouveauté du millésime, se chargera de transmettre le tout aux impôts. Via le net.
Quelques chiffres pour fixer les idées et montrer à quel point les choses peuvent être en trompe l'oeil.
Je suis à 34,14 % de charges (pas de secrétaire); le premier poste de charges est bien entendu celui des charges sociales qui, CSG déductible incluse, représente 46,30 % du total.
Mon BNC (bénéfice non commercial) est de 70 914 euros, ce qui compte tenu de mes horaires annuels de travail correspond à 30,83 euros de l'heure, pour 47 euros d'honoraires de l'heure, c'est à
dire 2,13 consultations par heure d'ouverture du cabinet (mes visites sont je le rappelle rarissimes). Etant donné que je ne traite aucune paperasse en dehors du cabinet (principe de base absolu
pour moi !!!), ce sont aussi les chiffres finaux de mon activité.
Ce qui, compte tenu du fait que je suis en secteur un, et de ce que les caisses sont supposées versées en cotisations, correspondrait environ pour un salarié à 21,30 euros nets de l'heure, et à
35h par semaine à 3 280 euros de salaire mensuel.
Le différentiel avec mon BNC réel est bien sûr entièrement dû au fait que j'ouvre mon cabinet 2 300 heures par an, là où un salarié à 35h fait 1 645 heures dans l'année.
Pour le médecin généraliste moyen, qui fait 56h par semaine et 2 632 heures par an, cela correspondrait à 18,62 euros nets de l'heure en équivalent salarié, et à 2 867 euros de salaire mensuel à
35h.
La réalité brute et véridique d'une activité de médecin généraliste libéral temps plein en France en 2007 -)
Commentaires