Lu dans la revue Prescrire d'octobre, un article concernant la pratique du "dépannage" en pharmacie.
C'est à dire quand un patient, ayant un traitement chronique, et qui a oublié de faire renouveller par le médecin, ou a perdu son ordonnance, vient demander à son pharmacien de lui "avancer" la
boîte qui manque.
D'usage courant et banal, cette pratique est pourtant à ce jour dans un flou juridique certain.
La loi a encadré ce mode de fonctionnement, qui répond à la logique médicale, fin 2006, en autorisant la délivrance et le remboursement d'une boîte par ligne d'ordonnance.
Un an après, les modalités précises devraient être mise en place, avec la liste des médicaments exclus de cette disposition.
Un peu de cohérence dans un système anarchique -)
Vu samedi matin, Tony, 7 ans, patient habituel. Un taiseux, dur à cuire.
Et là, la maman me dit qu'il se plaint depuis le matin d'une douleur à l'hypochondre droit, qui le fait même pleurer.
Il est gris, se tient penché en avant.
Il a du mal à s'allonger, la palpation abdominale est très limitée, la douleur est vraiment située sous les côtes, la respiration profonde est impossible.
L'auscultation pulmonaire met en évidence une diminution à la base droite comparativement à la gauche.
Et le thermomètre donne 39,2°.
Et évidemment nous sommes samedi matin, 11h, impossible d'avoir un radio et une échographie.
Méfiance, méfiance : je l'adresse donc à l'hôpital.
Ce lundi matin, coup de fil de la maman. Les confrères ont retrouvé une image de la base du poumon droit, et ont gardé le Tony jusqu'à dimanche soir sous perfusion d'antibiotiques. Il est sorti
bien évidemment avec la suite, et la prescription de me revoir mardi ou mercredi.
Nous prenons donc rendez-vous.
Lors donc, la sécu avait jugé bon de contacter nos patients susceptibles de présenter des céphalées chroniques quotidiennes (voir ici). (Notons que la terminologie n'est pas très au point : on a un coup CQC, un coup CCQ ...)
Voilà maitenant qu'elle nous adresse un courrier qui résoud la question, qui à dire le vrai on ne se posait guère, à savoir de quoi elle se souciait entre la santé des patients et celle de ces
comptes, pour ainsi intervenir sur nos prescriptions.
Dans ce courrier, d'une part de petites plaquettes pour les patients, agenda de la migraine, calculez si vous prenez trop de traitement de la crise, quelques "conseils".
D'autre part, pour le médecin, une liste de patients supposés être exposés du fait d'une prise médicamenteuse trop élévée.
Dans les deux cas, comme par hasard, seuls les triptans sont concernés, les autres traitements étant à peine mentionnés. Pourquoi donc, si ce n'est à cause du coût ?
Et concernant le relevé des patients, un simple coup d'oeil permet de confirmer que leur calcul est totalement faux : la caisse ne prend en compte que le nombre de comprimés délivrés au total,
faisant semblant d'ignorer que la même crise peut amener à une prise multiple sur la journée.
Ainsi par exemple pour le zolmitriptan une CMM (consommation moyenne mensuelle) de 9 peut correspondre à 4,5 jours de prises. Voire même moins théoriquement, puisque la recommandation pour la
molécule est de ne pas dépasser 4 cps par jour; ce qui est absolument purement théorique, en pratique il faut s'en tenir à 2 cps par jour maximum.
Or, la définition de la CCQ, notamment par abus médicamenteux, c'est 8 à 10 jours par mois, suivant la molécule considérée.
Nous sommes donc totalement dans le discours financier, et non dans le médical.
Ainsi donc, nos brillants stratèges ont imaginé pour faire sortir du générique plutôt que du princeps, de supprimer la facilité du tiers-payant en cas de refus.
D'une part, ce que nous avons comme réflexion des chroniques, c'est que cela crée un décalage dans les remboursements .... le premier mois uniquement évidemment.
Comme ils sont bien moins stupides que les déconnectés là-haut ont tendance à le croire, ils l'ont compris immédiatement, et ceux qui refusent les génériques continuent exactement pareil.
D'autre part, comme la plupart des pharmaciens, qui ne veulent pas s'embêter, avaient tendance à ne pas appliquer le tiers-payant sur l'ensemble de l'ordonnance, y compris pour les produits
non-concernés, nous avons maintenant la demande de faire deux ordonnances, l'une pour tiers-payant, l'autre sans.
Total des courses : deux feuilles de plus, c'est tout.
J'ai encore eu le cas à trois reprises entre vendredi et samedi.
Et au 1° janvier prochain, cela fera 6 ans que le texte sur la prescription en DCI est passé, sans que les caisses en tiennent compte.
Toujours le bon vieux "Faites ce que je dis, et non ce que je fais".
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