Vendredi 30 novembre 2007
Reçu hier m. P. (2), qui n'est pas un patient habituel, non pas à son sujet, mais à celui de son frère aîné, que j'avais suivi un temps avant qu'il ne déménage dans la ville
voisine, à sa retraite, pour une hypertension artérielle, un diabète, chez un patient éthylo-tabagique. M. P. (1) vivait seul et n'avait pas d'enfant.
Je n'avais pas revu m. P. (1) depuis 8 ans quand son frère me l'a amené il y a quelques jours. Dans un état catastrophique : oedèmes des jambes, plaies multiples profondes des deux pieds, état
cutané désastreux. Il avait cessé tout traitement depuis six à huit mois, suite à un accrochage avec le service qui le suivait un peu et renouvellait les ordonnances. Et visiblement ses
intoxications n'avaient pas diminuées, bien au contraire.
M. P. (2) avait dû user de trésors de diplomatie pour amener son frère jusqu'à moi, et je n'ai pas laissé le choix au patient, qui m'avait d'ailleurs répondu, difficilement et avec une haleine
des plus chargées "vous je vous écoute", direction les urgences, en les prévenant de l'arrivée ,via ambulance bien sûr.
Hier donc m. P. (2) m'explique que son frère n'aime pas trop le voir, de peur de reproches, mais répond au téléphone quand il l'appelle deux fois par semaine. Sauf que sur deux jours de suite, il
n'y avait pas eu de réponse, et qu'inquiet il était allé voir, pour trouvé le patient effondré au sol, totalement alcoolisé. Il l'avait donc déshabillé, lavé, rhabillé avant de le traîner sur une
chaise jusqu'à la voiture.
Il me dit que les confrères hospitaliers pensent devoir amputer d'un côté, peut être des deux. Il me dit qu'il pense demander la tutelle pour son frère. Il me demande si je veux bien prendre en
charge son frère, avec nécessité de visites à domicile, car lui ne pourra se libérer facilement régulièrement, au moins pour le temps qu'il faudra pour trouver une maison de retraite.
Je lui répond qu'il n'y a pas de souci, mais que s'il y a bien amputation, la durée des soins post-opératoires sera longue, et que le placement devrait s'enchaîner directement après.
Il me dit qu'il l'espère.
Vendredi 30 novembre 2007
Vu passé sur un forum que l'Agence internationale pour la recherche sur le cancer, branche qui dépend de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), va rendre public des travaux en
décembre dans "The Lancet Oncology".
Travaux qui vont conduire à classer le travail de nuit comme carcinogène (créateur de cancer) "probable", dans la même rubrique que la fumée automobile, les rayons UV ou les anabolisants dont usent
et abusent certains "sportifs".
La recherche note une augmentation du risque de cancer pour les personnes travaillant de nuit. Et 20% de la population active environ travaillent de nuit dans les pays développés.
C'est la perturbation sur les rythmes biologiques qui conduirait à cette augmentation, via la mélatonine, normalement produite la nuit, hormone qui peut s'opposer au démarrage et au développement
tumoraux. La lumière, artificielle ou non, stoppant la production, conduirait à des taux moyens quotidiens plus bas.
La diminution du temps de sommeil moyen constaté chez les travailleurs de nuit pourrait également avoir un rôle, notamment via un système immunitaire moins performant.
Le niveau de preuve global est certes limité, le lien est considéré comme plausible, et appelle d'autres études.
PS : et encore une bonne raison de refuser les gardes !!!
Vendredi 30 novembre 2007
Vu passé sur des forums médicaux que les conflits concernant la consultation à 23 euros s'amplifient.
Cela touche la Drôme, et l'Eure, de façon notable.
Les journaux locaux rapportent les indignations des maires et conseillers généraux qui se voient interpellés par des patients pris en otage par les caisses qui refusent les remboursements.
Les caisses s'appuient sur leur interprétation des textes, les confrères sur l'avis juridique notifié par l'Ordre des médecins, et constamment rappelé (pour une fois qu'ils sont
utiles !) par les Conseils départementaux.
Le conseil départemental de l'Eure a d'ailleurs saisi l'Urcam (union régionale des caisses d'assurance maladie) du fait que la caisse de l'Eure n'est pas compétente pour décider
des qualifications en spécialité de tel ou tel.
Un confrère note l'effet "désastreux" de cet imbroglio sur les internes en stage, brutalement confrontés à la réalité des relations avec les caisses. Ce dans une région à la
démographie déjà catastrophique.
Notons au milieu de tout cela l'assourdissant silence de notre tiers de temps de ministre.
Klaxon bloqué, appels de phares, insanités hurlées par la portière, et maintenant gyrophare posé sur le toit.
Et rien à faire, le mur ne se pousse toujours pas.
Vu hier m. T., 60 ans, patient habituel, pour renouvellement de son ordonnance de morphinique.
Ce patient, ancien gros fumeur, a fait un cancer du plancher de la bouche, découvert par lui-même il y a un an et demi. Ayant refusé l'opération chirurgicale, jugée trop délabrante, il a été
traité par chimiothérapie et radiothérapie.
Il a fait plusieurs complications par la suite, notamment des épisodes de muguet buccal, avec d'importantes douleurs à type de brûlures.
Il est depuis sous traitement de morphine (comprimés à libération prolongée), avec un bon contrôle de la douleur.
Il a déjà notablement diminué les doses, par palier. Mais il craint un peu de diminuer plus, car on en viendrait bien sur à la question de l'arrêt. Et il a peur d'avoir mal.
Je lui dis et redis donc une fois de plus que l'on peut très bien lui prescrire le même produit en action immédiate "au cas où". Qui aurait donc aussi un effet anxiolytique
certain. Et que nous n'y sommes pas encore.
Mais n'est-ce pas le propre des produits efficaces pour leur cible privilégié que d'être dans le même temps les meilleurs placebos ?
Parmi les rares qui m'énervent vraiment, je sais, je ne devrais pas, mais à la longue ils sont usants, il y a les patients atteints de ce que l'on nomme les TFI : troubles
fonctionnels intestinaux.
Ils sont moins nombreux qu'il y a douze ou quinze ans, c'est passé de mode, comme la spasmophilie, qui a connue son heure de gloire avant de décliner.
Toutes "pathologies" sans support organique, qui sont mises en avant, souvent avec l'aide intéressée des industriels qui participent à l'invention d'un syndrome en ayant justement,
comme c'est étrange, un produit miracle à caser. Et qui disparaissent, bien souvent quand la généralisation d'un examen permet de mettre en évidence l'inexistence de la chose.
Bien sûr, il s'agit d'une somatisation de la part du patient : il projette un stress sur une partie précise de son corps.
Soyons clairs : il ne s'agit pas de dire que le patient n'a rien. Il a mal, il a un problème. Mais une partie du problème est justement qu'il refuse de voir que son symptôme
n'est que le mouchoir du magicien qui détourne l'attention. Et que tant qu'il ne s'attaquera pas au fond réel de la chose, tout traitement ne sera jamais que cautère sur jambe de bois.
En outre, on retrouve très souvent avec la problématique des bénéfices secondaires : être "malade" permet tel ou tel avantage, qui inconsciemment entretient aussi le
problème.
Dans la plupart des cas, on a des patients avec un fonctionnement psychique bien particulier, peu observants, assez revendicatifs, et ayant assez facilement tendance à changer
de médecin, dès que celui-ci leur parle de s'attaquer au fond et non à la forme.
Hier, deux cas.
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