Le blog d'un toubib médecin généraliste
Il y a quelques temps, j'étais à une réunion de médecins, et le thème était de poser une question médicale iconoclaste. Bien entendu, le sens sous-entendu était "un peu farfelue",
mais je l'ai pris au pied de la lettre : destruction des images pieuses.
Or, au pays des merveilles, tout doit être fait pour sauver une vie, qu'importe le prix. C'est la théorie dite des Bisounours°.
Sauf que dans le monde réel, il y a des limites, des lignes budgétaires, des choix induits, y compris par défaut. Ce qui est dépensé ici ne le sera pas ailleurs.
Ce qui nous donne le droit, en tant que payeur comme en tant que bénéficiaire, de discuter de la pertinence de ces choix.
Je prenais donc, presque au hasard -), l'exemple du vaccin pneumo à 7 valences. Si l'on vaccine toute une classe d'âge, on peut espérer éviter, à supposer qu'il n'y aura
effectivement pas d'effet secondaire, 8 décès. Super, se dit-on.
Survient alors le côté iconoclaste du raisonnement : à quel prix ? Une classe d'âge, vaccins, consultations : c'est un peu de de 200 millions par an. Un décès ainsi évité aura coûté 25 millions à
la collectivité.
Si l'on compare avec d'autres actions de prévention, on voit que cela correspond sensiblement financièrement au budget prévention pour 7 500 personnes séropositives, à celui de 15 000 décès
du tabac (environ 100 millions consacrés par an, dont 60 pour le remboursement des patchs et autres, pour 60 000 morts par an), à celui de 40 000 décès d'accidents domestiques (20 000 par an
environ).
Donc, d'après nos décideurs, 1 = 7 500 ou 15 000 ou 40 000. S'il y a un industriel du médicament derrière. Et ça c'est uniquement chez nous.
Si on veut vraiment avoir le vertige, on peut se dire que la somme envisagée doit permettre de vacciner tous les gamins du monde contre la rougeole, et d'éviter 150 000 morts par an, année après
année.
J'avais prévenu, à la réunion : destruction d'images pieuses.
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