Le blog d'un toubib médecin généraliste
Je suis régulièrement questionné par des patients, de façon formelle, ils n'attendent pas en réalité mon avis, sur tel ou tel sujet totalement extra-médical.
Notamment sur des sujets abordés par les magazines que je pose en salle d'attente. Le problème étant que je les achète, mais que je ne les lis pas. En fait, le plus souvent, je ne sais même pas
de quoi on me parle. Heureusement, les patients monologuent plus qu'autre chose, comme ils parleraient de la pluie ou du beau temps. Volonté de meubler ? Moyen de calmer l'angoisse de la blouse
blanche (que je ne porte pas) ? Probablement.
Hier, cela m'a frappé plus que d'habitude, parce que j'ai eu à 4 reprises sensiblement la même question, savoir si miss France devait être démissionnée ou pas.
Question qui n'est pas dans mes priorités actuelles, j'ai d'autres soucis en tête, et même en période normale, ce n'est pas vraiment le genre de trucs qui me turlupinent.
Mais le fascinant de la chose, c'est la constatation toujours répétée qu'il n'est pas besoin de répondre. Je suis nécessaire en tant que personne physique, ces gens n'iraient (probablement) pas
parler à un meuble, mais seule cette présence est requise.
Fondamentalement, ce n'est pas différent de l'écoute compassionnelle, toutes ces fois où l'on me remercie d'avoir écouté, et où je n'ai pas saisi le moindre tenant ou aboutissant du problème. Que
ce soit moi n'est pas important je crois.
Ce qui de facto nous remet un peu en perspective : ce qui compte, c'est un médecin en qui on a confiance, et surtout l'image du médecin que ce fait le patient; cette image comme médication.
J'ai beau le savoir depuis longtemps, c'est toujours assez stupéfiant de voir la chose à l'oeuvre. Même pour des bêtises comme ce machin de miss France.
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