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Mercredi 2 avril 2008

Le médicament et moi, médecin généraliste.

Première chose qui vient à l'esprit : le médicament, c'est la langue d'Esope. Un allié sans lequel nous en serions encore aux Diafoirus (non, non, on a fait des progrès, je vous assure !); parfois, plus rarement heureusement, un inutile, voir un nocif.

Tout, ou presque, y compris la chirurgie, en découle. Sans amélioration des produits, pas d'anesthésie longue, pas d'intervention complexe.

Deuxième réflexion évidente : on se constitue pendant ses études une base de 120 à 150 produits que l'on utilise couramment; la composition de la liste changera bien sûr au fil du temps, avec le profil des patients, les nouveaux arrivants chassant les médicaments dépassés, mais le nombre restera assez stable. D'où d'ailleurs l'agressivité des industriels auprès des hôpitaux formateurs, et des étudiants, puis plus tard à chaque "nouveauté" : il faut placer ses molécules d'entrée pour espérer tenir des années.

Troisième réflexion : depuis 20 ans, il n'y a eu que fort peu d'avancées, plutôt sur des "niches", des pathologies particulières ne concernant à chaque fois que peu de monde (toute la problématique des maladies orphelines). Beaucoup de pseudo-amélioration, de copie. Beaucoup de produits soi-disant miraculeux in fine retirés du marché à cause de leurs effets secondaires.

Les industriels mettent cela sur le compte de la complexité et du coût de la recherche. Ces explications ne sont bien sûr pas totalement fausses, mais force est de constater que les budgets marketing sont de très loins supérieurs aux budgets de la recherche, et qu'il est plus rentable de sortir une copie que de partir de zéro.

Quatrième réflexion : qui découle en grande partie de la 3°. On dit souvent que la durée de vie d'un élément d'apprentissage acquis en médecine est court, souvent seulement trois à cinq ans; c'est assez inexact.

Par exemple, les anti-inflammatoires de référence restent ibuprofène et diclofénac, qui doivent avoir plus de 40 ou 50 ans. Autre exemple, la statine de référence reste la simvastatine, qui a plus de 20 ans. Pour le diabète de type 2, la référence est la metformine, qui a plus de 20 ans. Idem pour les anti-hypertenseurs (sauf une classe). Idem pour les antibiotiques : rien de nouveau depuis au moins 20 ans.

Cinquième réflexion : en France, nous prescrivons beaucoup, nous prescrivons trop. En volume, comme en valeur. Deux fois plus que les Danois. Et ça, c'est très culturel, et rien n'est vraiment fait pour remédier à ce qui est aussi un problème.

Pour conclure, c'est à moi, médecin, de faire en sorte que l'outil me donne le meilleur de lui-même. Et si possible que le meilleur.

(Bon, sur ces grandes réflexions, il me faut une aspirine moi ....)

par le toubib publié dans : médicaments, techniques, examens
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