Le blog d'un toubib médecin généraliste
Pour répondre à Bowyerte.
D'abord, deux précisions importantes; a) le différentiel potentiel avec les Danois est de 2 points de PIB soit 35 milliards par an; b) il faut bien se souvenir qu'à la base, cet argent est pris
dans nos poches, via nos cotisations et nos impôts.
Une filière suppose plusieurs éléments à la base, qui répondent tous aux objections soulevées (et à quelques autres en prime) :
- fixation du numerus au concours (= nombre de reçus) fonction non des besoins des CHU en interne, mais des besoins du pays
- enseignement prioritaire de la médecine générale = 1° matière en nombre d'heures
- à la sortie, 70% de médecins généralistes pour 30% pour les autres spécialités
- honoraires des médecins généralistes au même niveau que ceux des autres spécialités
- horaires de travail définis et limités (les 48 h hospitalières)
- passage obligé par le médecin généraliste pour le patient, sauf urgence vitale
- fin de la liberté d'installation = admettre que le médecin n'habitera pas là où il travaille
- fin de la gabegie de prescription = encadrement sur des bases scientifiques
- recentrage des hôpitaux sur le soin
- fusion des caisses en une caisse unique universelle (on a 172 % du personnel belge par habitant, avec nos 530 caisses différentes)
Si l'on compare par rapport aux Danois, c'est 500 euros de dépenses de moins par an et par habitant
Moins 300 sur le médicament, moins 400 sur l'hospitalier, plus 165 sur la médecine générale et plus 35 sur les infirmiers (le premier recours).
En France 30 à 50 % des lits d'hôpitaux selon les lieux sont occupés, à 750 euros par jour, par des patients dépendants, qui seraient mieux pris en charge dans des établissements spécialisés, qui
malheureusement n'existent pas, pour 150 euros par jour.
Nous avons 25 % de lits hospitaliers de plus que les Danois par habitant. Et ils ont 50 % d'infirmières de plus par habitant.
Les "perdants" sont alors essentiellement les industriels du médicaments (19 des 35 milliards), les structures hospitalières, recentrées sur leur rôle de soins de 3° recours (10 milliards), et la
structure sécu (5 milliards).
In fine, plus de "trou" (total actuel : 15 milliards par an), et financement sans problème de la 5° branche (dépendance) dont on estime le coût à 5 milliards.
And the winner is : tout le monde et chacun. Mieux, pour moins cher -)))
"- fixation du numerus au concours (= nombre de reçus) fonction non des besoins des CHU en interne, mais des besoins du pays"
Il faudra probablement passer sur le corps d'un certain nombre de puph de cardiologie par exemple ainsi que des directeurs de CHU pour qui interne rime avec main d'oeuvre bon marché.
"- enseignement prioritaire de la médecine générale = 1° matière en nombre d'heures"
Question : c'est quoi la médecine générale ? j'opterai plutôt par un recentrage de l'enseignement des pathologies vers le plus fréquent et non l'ultra-spécialisé. Instauration de stages chez le MG avec une offre qui permette à au moins 1/4 (minimum) d'une promotion par an d'aller voir ailleurs. Objectif : au moins 50 % des étudiants par promo doivent aller faire un stage chez les généralistes
Egalement, obligation d'un stage dans un périphérique pour varier sa pratique dans des services volontaires et sélectionnés (un lieu où les externes ne feront pas de secrétariat puisqu'il est assuré par des... secrétaires dans les CHG)
Et pourquoi pas Obligation pour les établissements privés d'une certaine taille de recevoir un quota d'étudiants (stage de 1 à 3 mois).
- à la sortie, 70% de médecins généralistes pour 30% pour les autres spécialités
Certes mais certaines spécialités sont désertées (comme la mienne), j'opterais plutôt pour un 60 % MG 40 % spé avec là encore une répartition selon les besoins en terme de santé publique : nous avons besoins de MG, d'oncologues, d'hématologues, d'anapath, de gériatres (dont MG) etc...
"- honoraires des médecins généralistes au même niveau que ceux des autres spécialités"
il faudrait revaloriser tous les actes si on continue à payer à l'acte...
"- horaires de travail définis et limités (les 48 h hospitalières)"
y compris pour le généraliste avec compensation pour la permanence des soins voire prime : compensation par le prix d'une garde hospitalière plus un forfait compensant le repos soit environ le double d'une garde hospitalière (400-500 euros la nuit, pas de paiement à l'acte mais forfait, afin de limiter la création d'une offre qui ne correspond pas réellement à un besoin). Pour la prime, médecins participant à tour de garde bénéficieraient d'un abattement de charges sur leur forfait PDS
"- passage obligé par le médecin généraliste pour le patient, sauf urgence vitale"
ça paraît une bonne chose et que les collègues spé ne viennent pas râler, dans notre service, nous ne recevons AUCUN patient directement (adressés par urgences et collègues) et nous croulons sous la demande (demande à 90 % justifiée car passée par le filtre du MG).
"- fin de la liberté d'installation = admettre que le médecin n'habitera pas là où il travaille"
Des mesures incitatives seraient plus efficaces sinon la pénurie de MG risque de s'aggraver...
"- fin de la gabegie de prescription = encadrement sur des bases scientifiques"
remboursement uniquement des médicaments ayant un service rendu prouvé et AU PRIX DU GENERIQUE ou du médicament le moins cher REFERENCE en l'absence de preuve de la supériorité.
"- recentrage des hôpitaux sur le soin"
C'est à dire ?
"- fusion des caisses en une caisse unique universelle (on a 172 % du personnel belge par habitant, avec nos 530 caisses différentes)"
dégraissons !
"En France 30 à 50 % des lits d'hôpitaux selon les lieux sont occupés, à 750 euros par jour, par des patients dépendants, qui seraient mieux pris en charge dans des établissements spécialisés, qui malheureusement n'existent pas, pour 150 euros par jour."
Politique minable depuis plus de 40 ans qui empêchent de se recentrer sur le soin, coûte cher et sert mal le patient et sa famille... Nous n'avons toujours pas par exemple sur notre CHU de service d'hôpital de jour pour les patients déments sur un bassin de population de 300 000 habitants... C'est probablement même le privé qui offrira ce "service" plus rapidement...
"Nous avons 25 % de lits hospitaliers de plus que les Danois par habitant. Et ils ont 50 % d'infirmières de plus par habitant."
"Les "perdants" sont alors essentiellement les industriels du médicaments (19 des 35 milliards), les structures hospitalières, recentrées sur leur rôle de soins de 3° recours (10 milliards), et la structure sécu (5 milliards)."
Effectivement le lobby pharmaceutique (et notre quart temps de ministre ex-déléguée médicale) veille pour éviter d'aborder le poids de la dépense médicamenteuse...
Concernant les hôpitaux, paradoxalement, ce sont plutôt les hopitaux de petite taille qui ont à y perdre... Les CHU et les gros CHG restent plus focalisés sur le soin, les CHG et hôpitaux locaux vivent souvent de "l'hébergement" de patients dépendant faute de structures adaptées...
"In fine, plus de "trou" (total actuel : 15 milliards par an), et financement sans problème de la 5° branche (dépendance) dont on estime le coût à 5 milliards."
Toubib, ministre plein temps de la santé ?
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